jeudi 11 septembre 2014

Le coup de cœur de Richard


Une fresque atypique, saisissante de beauté
Lundi 8 septembre, été indien sur Paris. Rue Jacques Louvel-Tessier. Sur les murs lépreux d'un institut médico-éducatif accueillant de jeunes handicapés mentaux, une grande fresque, longue de plus de 15 mètres sur environ deux mètres de hauteur. Un cartouche informe le chaland que le "mur" a été réalisé par des demandeurs d'asile. L'initiative émane de trois associations : Le Kiosque, Emmaüs solidarité et France Terre d'asile. L'œuvre a été peinte en collaboration avec un artiste, Gilbert Petit.


Sur un fond noir peint à la peinture mate, des formes ont été décorées de motifs dessinés à la craie de couleurs. Les dessins représentent deux personnages encadrant des animaux, des végétaux et des monuments. L'œuvre est puissamment structurée&nbsp: le nombre des représentations et leur variété renvoient à une idée de luxuriance, voire de paradis perdu. Les dessins sont savamment imbriqués et témoignent d'une volonté de lier entre eux les différents éléments de la fresque. La cohérence formelle atteste du travail de composition en amont. Les dessins reproduisent une iconographie traditionnelle des cultures arabes et perses.


Les motifs ornementaux à la craie sont d'une extrême variété. Aux points, aux traits, au cloisonnement des surfaces, aux formes classiques des arts orientaux s'ajoutent des motifs plus inattendus : immeubles modernes, arbres utilisés comme motifs. Les surfaces chargées de motifs alternent avec des surfaces traitées en à-plats à la craie.

    



Les couleurs sont douces ; une grande harmonie colorée se dégage de l'œuvre. La craie a été étalée délicatement : seules les aspérités du crépi du mur ont "retenu" les pigments des craies.

La fresque est collective. Pourtant, ce sont les cohérences qui l'emportent : cohérence chromatique, cohérence formelle. Les "artistes"qui ont peint et dessiné cette fresque ont signé non de leurs noms (nous savons que ce sont des demandeurs d'asile), mais des drapeaux de leurs pays : l'Afghanistan, la Pakistan, l'Iran (le drapeau de l'Iran, sommairement dessiné reprend le lion du drapeau d'avant 1980 et non le drapeau actuel).

Cette œuvre se démarque des fresques du street art. Certes, elle a leur caractère volontairement éphémère mais la nature des représentations, le traitement à la craie de la décoration en font une œuvre profondément originale et unique qui porte témoignage de la capacité des migrants à mobiliser leurs références culturelles et à les mettre au service de l'art. Ces hommes ne sont pas sans culture, ils ont une histoire. Ils nous donnent à admirer la richesse de leur imaginaire et leurs talents.

Dans quelques jours, il pleuvra. Et l'œuvre disparaîtra.

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