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mardi 16 juin 2015

Gare de l'Est : Art liberté

Par l'exemple et l'illustration, durant cette saison, je [Richard] me suis efforcé de centrer mon intérêt sur une œuvre et d'en faire une analyse, c'est-à-dire, une description et une proposition de signification. Le billet que je vous propose aujourd'hui est, à cet égard, atypique. Je souhaite vous présenter les œuvres d'une exposition titrée Art liberté et sous-titrée Du mur de Berlin au street art.

Jef Aérosol
Je me bornerai à présenter le cadre de cette exposition et à vous montrer les productions des artistes. Il appartiendra à chacun de tisser des liens entre les œuvres, de les comparer, d'apprécier les techniques utilisées par les street artists, de juger du traitement du thème... Bref, la promenade virtuelle se donne à voir. À celui qui regarde d'en déchiffrer le message. 

Thierry Noir

C.-E. Bouchet

Sylvestre Verger, le commissaire de l'exposition, a conservé une trentaine de fragments du Mur de Berlin. Pour le 25e anniversaire pour rendre hommage aux peintres du Mur, il a demandé à des artistes, 30 artistes venant de pays différents, de peindre ces fragments. Ils sont exposés sur 800 m² du parvis de la gare de l'Est ainsi que des Trabant, voitures emblématiques de l'Allemagne de l'Est. Les blocs de béton du Mur sont présentés comme des tableaux sur des "chevalets" métalliques réalisés par un Américain : Adam Steiner. Les Trabant et les blocs de béton sont complétés par une fresque rue d’Alsace, une rue qui longe la gare, et un magnifique catalogue qui reproduit les œuvres, présente leurs auteurs et grâce à des QR permet au lecteur d'aller plus avant dans la découverte des artistes.

      
Jean Faucheur

      
Pablo Delgado

En fait, il s'agit d'un vaste projet culturel, d'une grande richesse, qui célèbre la chute du Mur et scelle symboliquement les liens entre notre pays et l'Allemagne. La gare de l'Est, concrètement, illustre les relations entre deux pays qui se sont combattus trois fois en 75 ans et qui, 70 après le dernier conflit armé, construisent une Europe de paix et de liberté.

Diaporama de 26 photos
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lundi 23 mars 2015

dAcRuZ, roi de la rue de l'Échiquier !

Autoportrait ! – ©JJD
Performance de dAcRuZ – sur une photographie de Nicolas de Montaigut – lors du vernissage de l'exposition Lever les yeux à la galerie le pari(s) urbain.

dAcRuZ à l'œuvre©le pari(s) urbain

mardi 10 mars 2015

Les lavoirs du quai de Valmy par Alphonse Quizet


Le canal de La Villette - © MNAM - Centre Georges-Pompidou

Bien sûr, ce n'est pas le canal de La Villette, comme l'affirme le titre de l'œuvre, mais le canal Saint-Martin, dans sa partie extrême juste avant le tunnel qui conduit au bassin de La Villette. Cette huile sur toile a été acquise par l'État en 1926 ce qui nous donne un repère pour la situer dans le temps. La position du photographe de la carte postale et celle du peintre semblent presque identiques mais leurs champs de vision sont totalement différents.

Voici un extrait – décrivant ce lieu – du livre d'Alexis Martin Les étapes d'un touriste en France – Paris, promenades dans les 20 arrondissements publié en 1890.
Quelques instants nous suffisent maintenant pour atteindre les quais qui longent le canal Saint-Martin quai de Valmy à droite, quai de Jemmapes à gauche; tous deux bordés de bâtisses peu élevées entrepôts, magasins et fabriques que dépassent, de toute leur hauteur, les mâts des chalands amarrés au bord du canal, ou glissant doucement à sa surface ; du bassin de la Villette, où nous sommes, on embrasse toute la partie du canal qui s'étend en ligne droite jusqu'à la rue de l'Hôpital-Saint-Louis, et, si vous voulez vous arrêter quelques instants, si les rayons d'un beau soleil se reflétant dans la nappe liquide vous favorisent, vous jouirez d'un spectacle singulièrement animé. Ici. sur les bords du canal vous verrez des lavoirs où les femmes agenouillées accompagnent de grands coups de battoir les quolibets qu'elles échangent ; là, des bateaux que chaque évolution d'une grue mobile allège d'une partie de leur chargement plus loin, l'arc de cercle d'un pont, au haut duquel une dizaine de curieux regardent le travail des éclusiers ; au fond, pointant dans le ciel, quelques-unes des hautes cheminées d'usines du quartier Saint-Maur.

mercredi 14 janvier 2015

"Charlie" dans le Nord-Est de Paris le 12 janvier 2015

Rue Henri-Noguères
Toutes ces photos ont été prises le lundi 12 janvier 2015 par Richard.
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mercredi 19 novembre 2014

La cristallerie Schweitzer

Aujourd'hui, Richard ne parle pas street art mais nous raconte l'histoire de la découverte d'un lieu unique à Paris. Il borde le canal Saint-Martin. C'est près de chez-nous. Mais ça ne se visite pas. Voilà une bonne raison d'en parler.

Depuis 40 ans de résidence dans mon quartier, grand marcheur devant l'éternel, photographe amateur toujours à l'affût de la belle image, j'ai arpenté, partant de la rue de Thionville, bien des itinéraires. Certains, comme les réseaux de neurones inutilisés de notre cerveau, ont disparu de mes désirs d'aventures urbaines. D'autres ont subsisté je ne sais pour quelles raisons : revisitations régulières de lieux de mémoire, constantes découvertes de "choses nouvelles et intéressantes". Un circuit a ma préférence : bassin de La Villette, quai de Jemmapes ou de Valmy, Bastille, bassin de l'Arsenal, enfin la Seine. 

    


Je suis, par voie de conséquence, passé devant la devanture de la cristallerie située au 84 du quai de Jemmapes de très nombreuses fois. J'étais étonné par la devanture elle-même, une murette en briques de couleurs, des petits carreaux comme on n'en fait plus depuis les années 1900, et en jetant un œil au plafond, des courroies, des roues comme j'en avais vues sur les gravures représentant des ateliers au XIXe siècle. Ces souvenirs sont restés en stand-by dans un coin de ma mémoire, jusqu'au jour où ma femme a ébréché un superbe vase en cristal de chez Dior, une rareté. Cristal, cristallerie, le lien était fait et, profitant de mon itinéraire fétiche canal de l'Ourcq/la Seine, ma femme et moi sommes allés frapper à la porte de l'atelier interdit. La cristallerie était, comme c'est étrange, une cristallerie. La seule de Paris, je l'ai appris plus tard. Un petit atelier modeste, une entrée qui sert de bureau, une pièce dans le fond qui est une salle d'exposition et une vaste pièce qui ouvre sur la clarté du canal Saint-Martin. Mon vase a été réparé et inscrit dans le listing des clients.

J'ai été invité à la traditionnelle journée "portes ouvertes" annuelle. J'ai pu pénétrer dans l'atelier, observer une jeune femme qui taillait le cristal, éclairée par le jour de la devanture et un éclairage électrique plus ponctuel. Les courroies sont reliées à des roues qui démultiplient le mouvement des meules (c'est le principe d'une boîte de vitesses de voiture). Le tout est entraîné par un seul moteur électrique, seule concession faite au progrès des techniques. Les meules sont rangées sur les murs ; elles datent d'un autre âge. Grâce aux commentaires de la "patronne", j'ai enfin compris ce que je voyais sans comprendre. Fondé en 1890, l'atelier a créé jusqu'aux années 30 des services de cristal pour les grandes marques du luxe, Vuitton, Hermès, Puiforcat. Les roues étaient mues par une aube qui profitait du courant du canal. Quant à la vaste devanture, tout en longueur, aux vastes ouvertures, elle servait bien à éclairer les tours des cristalliers disposés en rangées faisant face à la lumière. 

Dans les années 60, devançant les changements de modes, le gendre du propriétaire, M. Nicolas, renonça à la fabrication pour se recentrer sur la réparation. Une des filles de M. Nicolas se maria avec M. Schweitzer qui reprit l'affaire.

Bref, une nouvelle fois je découvrais que je voyais des choses sans les comprendre (ce n’est pas bon pour mon ego !), qu'un atelier de cristallerie "dans son jus" existe encore près de chez moi et que le canal était aussi une source d'énergie et pas seulement un approvisionnement en eau de Paris et un moyen de transport des matériaux. 

jeudi 11 septembre 2014

Le coup de cœur de Richard


Une fresque atypique, saisissante de beauté
Lundi 8 septembre, été indien sur Paris. Rue Jacques Louvel-Tessier. Sur les murs lépreux d'un institut médico-éducatif accueillant de jeunes handicapés mentaux, une grande fresque, longue de plus de 15 mètres sur environ deux mètres de hauteur. Un cartouche informe le chaland que le "mur" a été réalisé par des demandeurs d'asile. L'initiative émane de trois associations : Le Kiosque, Emmaüs solidarité et France Terre d'asile. L'œuvre a été peinte en collaboration avec un artiste, Gilbert Petit.


Sur un fond noir peint à la peinture mate, des formes ont été décorées de motifs dessinés à la craie de couleurs. Les dessins représentent deux personnages encadrant des animaux, des végétaux et des monuments. L'œuvre est puissamment structurée&nbsp: le nombre des représentations et leur variété renvoient à une idée de luxuriance, voire de paradis perdu. Les dessins sont savamment imbriqués et témoignent d'une volonté de lier entre eux les différents éléments de la fresque. La cohérence formelle atteste du travail de composition en amont. Les dessins reproduisent une iconographie traditionnelle des cultures arabes et perses.


Les motifs ornementaux à la craie sont d'une extrême variété. Aux points, aux traits, au cloisonnement des surfaces, aux formes classiques des arts orientaux s'ajoutent des motifs plus inattendus : immeubles modernes, arbres utilisés comme motifs. Les surfaces chargées de motifs alternent avec des surfaces traitées en à-plats à la craie.

    



Les couleurs sont douces ; une grande harmonie colorée se dégage de l'œuvre. La craie a été étalée délicatement : seules les aspérités du crépi du mur ont "retenu" les pigments des craies.

La fresque est collective. Pourtant, ce sont les cohérences qui l'emportent : cohérence chromatique, cohérence formelle. Les "artistes"qui ont peint et dessiné cette fresque ont signé non de leurs noms (nous savons que ce sont des demandeurs d'asile), mais des drapeaux de leurs pays : l'Afghanistan, la Pakistan, l'Iran (le drapeau de l'Iran, sommairement dessiné reprend le lion du drapeau d'avant 1980 et non le drapeau actuel).

Cette œuvre se démarque des fresques du street art. Certes, elle a leur caractère volontairement éphémère mais la nature des représentations, le traitement à la craie de la décoration en font une œuvre profondément originale et unique qui porte témoignage de la capacité des migrants à mobiliser leurs références culturelles et à les mettre au service de l'art. Ces hommes ne sont pas sans culture, ils ont une histoire. Ils nous donnent à admirer la richesse de leur imaginaire et leurs talents.

Dans quelques jours, il pleuvra. Et l'œuvre disparaîtra.
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