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samedi 17 octobre 2015

L'installation photographique de Yann Datessen


Quelle bonne idée !
Yann Datessen propose sur le canal et sur ses rives une "installation photographique" jusqu'au 18 octobre. Son installation qui prend les formes d'une remarquable exposition est titrée : Le Léthé. Pour comprendre le titre et saisir la cohérence de l'ensemble des œuvres, il convient de reprendre la présentation qu'en fait le photographe et de suivre le parcours dans le bon sens. Le départ est l'écluse de la place Stalingrad, vous suivez le quai de la Loire et vous cheminez vers le parc de La Villette. Richard


Yann Datessen a tenu à présenter le thème de son installation par un panneau
L'amont : l'art urbain fait la part belle à la peinture, l'écriture, le graphisme, plus rarement à la photographie. Aussi, installer ce médium là où on ne le voit pas toujours, le mettre en contact avec la réalité, la réalité des lieux, le regard des passants, la réalité du temps qu'il fait, mettre en scène la ville, la sienne, son quartier, ces endroits qu'on fréquente tous les jours, en profiter pour dire des choses, voilà les sources qui ont permis au fleuve du Léthé de naître.

L'aval : on ne garde jamais que les bons souvenirs, les beaux, c'est ce qu'on dit. Mais qu'arrive-t-il aux autres? Où vont-ils ? Les regrets, les peines, les chagrins, ces vieilles branches mortes, sous l'eau, qui accrochent à la coque de nos barques, où finissent-elles par échouer, sur quelle rive ? Boire une gorgée du Léthé autoriserait un retour, revenir en surface, revenir en arrière. Le prix à payer ? L'oubli. L'oubli de son passé, de sa vie, ses amours, sa famille. Tout. Enfin presque. Il restera bien quelques bribes des bonheurs antérieurs, des éclairs, des sensations de déjà-vu, mais rien qui fasse de l'ombre à sa nouvelle existence...

Diaporama de 11 photos
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lundi 27 juillet 2015

Fred Le Chevalier, ça déchire !


Le collage c'est plus rapide... à décoller.

Le Paris de Vito

Victor Locuratolo alias Vito est un architecte qui souhaiterait vivre de sa passion, le dessin. Au vu de son premier ouvrage Le Paris de Vito, ce vœu semble à sa portée. Cet album se lit et se regarde le sourire aux lèvres et nous interpelle sur les changements de notre ville.
L'édition étant à compte d'auteur la diffusion en est restreinte ; dans notre quartier, la Librairie du Parc (Grande Halle) ou la péniche-librairie L'Eau et les Rêves l'ont en stock.


Extraits de la présentation de Victor Locuratolo
Le Paris de Vito est une réflexion sur la ville contemporaine et ses mutations.[...]
Le but est de témoigner du charme de Paris comme de ses faces plus sombres...[...]
L'auteur étant particulièrement allergique au dessin d'observation, la plupart des illustrations de ce livre représentent des perspectives imaginaires. Le lecteur aura cependant pu constater que de nombreux dessins sont inspirés de lieux bien réels, essentiellement de l'est de Paris.


Cette "perspective imaginaire" du canal de l'Ourcq rassemble, en désordre, les Grands Moulins de Pantin, le pont de la Petite Ceinture et les Folies du parc de La Villette. Nous sommes un mardi ou un samedi, car l'embarcation du Marché sur l'eau vient livrer à la Rotonde ses légumes fraîchement cueillis.


Méli-mélo du parc de La Villette.
En feuilletant ce petit livre vous retrouvez d'autres lieux du XIXe arrondissement comme le 104, une synagogue de la rue de Flandre, le parc des Buttes-Chaumont ou le quartier de la Mouzaïa.


On s'éloigne, mais si peu ; nous sommes dans le XVIIIe arrondissement où l'on reconnaît la Petite Ceinture en coulée verte avec La REcyclerie à gauche.

vendredi 24 juillet 2015

"The Woman in the Fifth" à La Villette

Quelques plans, tournés en 2011 dans notre quartier, du film La Femme du Ve.


Etan Hawke à la station Canal de l'Ourcq avant la construction de la crèche.


Le pont de la rue de l'Ourcq vu depuis le pont de la Petite Ceinture.
À remarquer, à gauche, l'angle du toit de la maison de l'éclusier.


Le quai de la Marne, le canal de l'Ourcq et le quai de l'Oise à droite.


La Petite Ceinture, probablement dans le XIXe arrondissement...

vendredi 10 juillet 2015

Marion Chombart de Lauwe à Pantin : c'est du lourd !

©Marion Chombart de Lauwe
Invitée par les architectes expérimentaux Bellastock et par Seine-Saint-Denis Tourisme, Marion Chombart de Lauwe expose 7 gravures en acier issues de son projet artistique Les dernières heures des bâtiments. Les plaques provenant des Magasins Généraux sont intégrées aux modules de bois temporaires de la station fluviale de Pantin.


Diaporama de 7 photos
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lundi 18 mai 2015

Les Grands Moulins de Pantin vus par Paul Signac

©Paul Signac - 1927
D'après la fiche Paul Signac du site de la ville de Pantin : "Plusieurs de ses œuvres (notamment une série d'aquarelles datées de 1927) représentent Pantin, vu depuis le canal de l'Ourcq, mettant ainsi en avant les Grands Moulins" .

©Paul Signac - 1927 (artvalue
©Paul Signac - Wikigallery

samedi 25 avril 2015

Les canaux parisiens, une histoire à découvrir

Voici en 12 fiches le b.a.-ba des canaux parisiens par le Service des canaux.

Les canaux, un patrimoine à préserver
Cas unique en France, la Ville de Paris entretient un réseau fluvial de 130 kilomètres de voies navigables, localisé dans cinq départements et deux régions administratives. Ce réseau, propriété de la Ville de Paris, est composé des canaux suivants :
le canal Saint-Martin, entièrement situé à Paris, qui traverse cinq arrondissements,
– le canal Saint-Denis qui s'écoule de Paris (19e), à Saint-Denis (93),
– le canal de l'Ourcq qui s'étend de Mareuil-sur-Ourcq (60), à Paris (19e).


À l'origine des canaux parisiens
Le 19 mai 1802, Napoléon Ier crée le réseau fluvial de la Ville de Paris pour alimenter la capitale en eau potable et l'approvisionner en bois et en céréales.


Le bassin de La Villette : de l'industrie aux loisirs
Souhaité par Napoléon Ier, le bassin de La Villette reçoit l'eau en provenance du canal de l'Ourcq en décembre 1808. Bassin d'agrément au début du XIXe siècle, sa position en limite de la barrière des Fermiers Généraux le transforme rapidement en port industriel, entouré d'entrepôts, jusqu'en 1983. C'est aujourd'hui un bel espace consacré à la détente avec l'accueil de Paris Plages depuis 2007 et l'ouverture de la halte nautique en juillet 2008.


Scaphandrier, une plongée dans l'univers des canaux
Le Service des canaux emploie des scaphandriers pour effectuer les opérations d'entretien des parties immergées de l'ensemble du réseau fluvial. Jusque dans les années 70, leur tenue appelée "Pieds lourds" ne pesait pas moins de 75 kg ! Aujourd'hui plus moderne, son poids se réduit à une quarantaine de kilos...


La biodiversité du canal Saint-Martin
Le canal Saint-Martin recèle une faune et une flore mal connues des Parisiens : anguille, barbeau, perche soleil, bergeronnette des ruisseaux, héron cendré, éponge de Muller, fougère scolopendre et bien d'autres espèces peuvent y être rencontrées.


Près des canaux, une certaine douceur de vivre
Le canal Saint-Martin est un lieu de fraîcheur, de convivialité et de détente. Ses berges jalonnées d'arbres et de jardins, bordées de pistes cyclables, permettent au choix parties de pêche, croisières, pique-niques, flâneries ou circulations douces au bord de l'eau. Ce patrimoine naturel reste fragile et les Parisiens doivent contribuer à le préserver.


À quoi servent les canaux parisiens ?
De nos jours, l'eau en provenance du canal de l'Ourcq alimente le réseau d'eau non potable de la Ville de Paris : elle est utilisée principalement pour l'arrosage des espaces verts, l'alimentation des lacs des bois de Boulogne et de Vincennes et le nettoiement des voies publiques. Ce réseau de voies navigables permet le transport de marchandises par la voie d'eau, une alternative à la route encouragée par la Ville de Paris, tout comme les croisières de plaisance et de tourisme.


À quoi servent les écluses ?
Une écluse est un barrage muni de portes et de vannes servant à lâcher ou à retenir l'eau. Du bassin de La Villette au port de l'Arsenal, les neuf écluses du canal Saint-Martin (quatre écluses doubles et une écluse simple) permettent de compenser une dénivellation de 25 mètres et peuvent être comparées à une sorte d'escalier pour bateaux. Électrifiées depuis les années 70 et équipées de manœuvres hydrauliques, les écluses seront maintenant télécommandées à partir d'un poste central.


"Atmosphère, atmosphère…"
Les canaux de Paris servent fréquemment de décor au cinéma. Alexandre Trauner, chef décorateur de cinéma, a construit dans les studios de Billancourt un décor restituant l'ambiance et la vie de quartier du canal Saint-Martin et de l'hôtel du Nord, immortalisés par Marcel Carné en 1938 dans Hôtel du Nord, dans le style du "réalisme poétique". En 2001, Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, du réalisateur Jean-Pierre Jeunet, a donné au canal une autre "atmosphère".


D'une rive à l'autre
Au XIXe siècle, de nombreux ponts tournants ou levants en bois permettent de franchir le canal Saint-Martin. Ils sont remplacés à la fin du XIXe siècle par des ponts tournants métalliques (pont Grange-aux-Belles et pont Dieu), ainsi que par d'élégantes passerelles à l'architecture inspirée par le style de Gustave Eiffel.


La voûte Richard-Lenoir
La réalisation de la voûte Richard-Lenoir (1509 m) est décidée en 1859, à l'occasion de la création du boulevard Voltaire. Afin de laisser le passage aux bateaux, le canal est approfondi (5,50 m) et couvert : il devient alors le boulevard Richard-Lenoir. Trente-six oculi (ouvertures pratiquées sur un comble de voûte) nécessaires à la ventilation et à l'éclairage des voûtes Richard-Lenoir et du Temple, créent, en fonction de la météo, de très beaux jeux d'ombres et de lumières...


Six voûtes pour un canal
Débutés en 1812, les travaux de couverture du canal Saint-Martin s'achèvent en 1906. Six voûtes composent cette couverture : la voûte de l'assise de la colonne de la Bastille (réalisée avant le percement du canal), les deux voûtes de la place de la Bastille, la voûte de la ligne 1 du métro, la voûte Richard-Lenoir qui suit le tracé du boulevard du même nom et enfin, la sixième et dernière voûte, dite "du Temple", qui correspond au boulevard Jules-Ferry.


Les canaux et la Seine
Créé en 1823, le canal Saint-Martin relie la Seine amont, par le port de l'Arsenal, à la Seine aval, par le canal Saint-Denis, via l'écluse de la Briche située dans la ville de Saint-Denis. Le raccourci créé par le réseau des canaux parisiens facilite le trajet des bateaux naviguant sur la Seine.

lundi 6 avril 2015

L'Ourcq comme paradis !

Voici les première et dernière phrases de la nouvelle La Péniche aux enfants de Didier Daeninckx extraite de L'Espoir en contrebande – Goncourt de la nouvelle 2012 – pour vous donner envie de découvrir ce livre !

Dès notre première rencontre, j'avais choisi l'Ourcq comme paradis. Aussi loin que je remonte dans les souvenirs heureux, il y a toujours des images d'eau, des feuillages, des chants d'oiseaux. L'odeur du bonheur, c'est un parfum de terre mouillée, de feuilles brassées par les remous de bord de berges, c'est la chair tendre des jeunes herbes que je fais glisser de leur fourreau, entre mes dents.
[...]
Devant moi les écluses libèrent leurs eaux, comme un livre ouvert offre ses mots.

jeudi 5 mars 2015

La gare circulaire par Jean Misischi d'après Quizet

Le bassin de La Villette à Paris - ©Jean Misischi
Cette huile sur carton de Jean MisischiLe bassin de La Villette à Paris – est paraît-il peinte d'après un tableau de Quizet, ce que nous admettrons aisément après avoir vu La gare circulaire par Alphonse Quizet.
Bien sûr, ce n'est pas le bassin de La Villette mais la gare circulaire. Le chevalet est posé quai de la Charente. Au premier plan, le canal Saint-Denis, puis la darse du fond de Rouvray, le quai de la Marne, le canal de l'Ourcq et le quai de la Gironde avec le désormais célèbre petit bâtiment de l'Aide aux noyés (si vous avez lu les épisodes précédents...)

lundi 2 mars 2015

Après l'arrière, la façade du "Secours aux noyés"


Vieil homme fumant une pipe devant la maison "Secours aux noyés", bassin de La Villette, 1936. Photographie de Roger Schall (1904-1995). Paris, musée Carnavalet.

Bien sûr, nous ne sommes pas au bassin de La Villette mais au bord de la gare circulaire à la jonction du quai de la Gironde et du quai de l'Oise. En arrière plan, la portion du quai de la Marne entre le pont de la Petite Ceinture et la darse du fond de Rouvray.
C'est à la droite de cette maison que se situaient – et peut-être était-ce encore eux – la Maison Bernot Frères.
Voici le recto Le poste de vigie dans "Les Portes de la nuit"
Merci Mokka pour cette photo.

jeudi 26 février 2015

La gare circulaire par Alphonse Quizet

La peinture du post La Petite Ceinture vue par Alphonse Quizet avait déjà pour cadre la gare circulaire. Alphonse Quizet semblait affectionner particulièrement cette jonction des canaux, comme l'a montré le résultat de mes recherches.
Grâce à ses peintures, nous pouvons faire le tour de ce plan d'eau et avoir une idée des quais de la Marne et de l'Oise dans la première moitié du siècle dernier. Dommage, nous n'avons aucune date et pouvons juste faire des estimations avec sa date de naissance – 1885 – et celle de son décès 1955. Vous remarquerez que toutes ces photos comportent en filigrane le nom d'un site Internet, mais leur intérêt est tel pour nous que c'est un détail en comparaison de leur valeur historique.


Pour les deux premières peintures, le chevalet est posé quai de la Charente. Au premier plan, le canal Saint-Denis et en tournant dans le sens des aiguilles d'une montre : la darse du fond de Rouvray, le quai de la Marne, le canal de l'Ourcq, le quai de l'Oise, le quai de la Gironde et le début de l'écluse du Pont-de-Flandre.


    


Peinture de gauche. Le chevalet est toujours planté quai de la Charente mais le cadrage est plus serré et on peut ainsi reconnaître le poste de vigie pour l'aide aux noyés que l'on retrouve dans Les Portes de la nuit de Marcel Carné.
Peinture de droite. Le peintre à changé de quai et se trouve quai de la Gironde. On peut supposer qu'un bar ou un restaurant occupait le rez-de-chaussée de l'immeuble.


Cette fois-ci, Alphonse Quizet se situe à l'extrémité du quai de la Marne, au niveau du Service des canaux. Nous avons donc, la passerelle de la darse du fond de Rouvray, le quai de la Marne, le canal de l'Ourcq ; le pont de la Petite Ceinture, le quai de l'Oise, le poste de vigie et l'embranchement du canal Saint-Denis.


Le peintre a placé son chevalet presque au même endroit que pour la peinture précédente, mais avec un cadrage plus serré et décalé vers la gauche. Cette fois, nous commençons par le quai du "Dépotoir" (actuellement, Service des canaux), puis la darse et sa passerelle, le quai de Metz, le quai de la Marne, le pont de la Petite Ceinture et le quai de l'Oise.


Ici, Alphonse Quizet est toujours quai de la Marne mais dans l'axe du canal Saint Denis. Et toujours en tournant dans le même sens, le quai de la Gironde, l'écluse du Pont-de-Flandre, le pont de l'avenue Corentin-Cariou et le quai de la Charente.


Pour ce dernier tableau, Alphonse Quizet a dû s'asseoir en haut des marches du pont de la Petite Ceinture du côté du quai de l'Oise. Au premier plan, le poste de vigie, puis le canal Saint-Denis, le quai de la Charente, le canal de l'Ourcq et son pont, les Grands Moulins de Pantin, le marché aux bestiaux, la darse et le quai de la Marne avec deux carrioles appartenant peut-être à Bernot Frères.

Bon, ça va ? Vous avez bien suivi ? Pas trop fastidieux ? Intéressantes ces peintures d'Alphonse Quizet autour de la gare circulaire ? Et finalement, on l'a oublié le filigrane !

samedi 21 février 2015

Le pont de la Petite Ceinture vu par Alphonse Quizet


Je vous ai déjà présenté une première œuvre d'Alphonse Quizet Le canal de l'Ourcq. Aujourd'hui en voici une nouvelle qui représente aussi le canal de l'Ourcq.

À gauche : la passerelle de la darse du fond de Rouvray, le quai de la Marne, le pont de la Petite Ceinture et au-dessus on devine les toits des Magasins Généraux. Apparemment, la grande période d'activité de Bernot, sur cette portion du quai, semble passée.
À droite : la gare circulaire avec le canal Saint-Denis, le poste vigie et son drapeau tricolore, puis le quai de l'Oise.
 Il y a 60 ans disparaissaient Alphonse Quizet et Maurice Utrillo

mercredi 11 février 2015

"Nos ennemies les bêtes" par Richard

Le canal c'est plein de choses différentes et passionnantes. 
D'abord, c'est de l'eau, (oui, d'accord, elle est verte et souvent couverte de détritus et même ce matin flottait un cadavre de chat, mais il y a plein de poissons qui y prospèrent – Yop la boum ! – çà c'est pour compenser la vision un peu sordide de la surface de l'eau). Puis des poissons très différents, des carpes, des gardons, des tanches, des silures, des ablettes etc. et même des écrevisses. Autour de ces bestioles s'est développé un écosystème qui diffère selon que nous parlons du canal de l'Ourcq en amont ou le petit bout de canal qui entre dans Paris jusqu'à Jaurès (c’est là que commence à proprement parler le canal Saint-Martin).

Si vous, mes chers lecteurs, aimez le canal, allez donc vous balader en amont de Mareuil-sur-Ourcq. La rivière étroite coule paisiblement entre deux haies de peupliers, la piste cyclable a cédé la place depuis Meaux à l'ancien chemin de halage, c'est ravissant. Il y a des oiseaux, des colverts en pagaille, des cormorans qui remontent de la mer et des ragondins.

Les ragondins pullulent sur les bords du canal. C'est vrai qu'il y en a un peu partout en France. Trop pour certains. Je pense à la FNSEA qui a récemment organisé un safari, non une battue, non une destruction massive de ces charmants rongeurs. Les agriculteurs les haïssent. Ils les accusent d'être invasifs (il est vrai que son prédateur fétiche, le renard roux n'est pas présent partout, d'autant qu'il est lui même systématiquement tué) et de manger, quand ils manquent de plantes aquatiques, les cultures qui bordent les cours d'eau. Des adversaires des paysans disent que l'Homme est aussi une espèce invasive… Bref, entre les écolos et les agriculteurs c'est la guerre (il y en a d'autres, mais ce n'est pas mon sujet).

Bon, des ragondins, j'en ai vu des tas à la campagne. C'est beau comme tout, ça ressemble à un castor ; il est vrai qu'ils appartiennent à la même famille mais la queue est différente (sur la queue, je n'ai rien à dire d'intelligent). Il nage à merveille, plonge, marche sur les rives. C'est assez gros (environ deux fois le poids de mon caniche toy qui pèse 3 kg). Il n'est pas du tout agressif et se laisse approcher d'assez près. 

Nuitamment, franchissant le pont tournant qui commande l'entrée du parc de La Villette, j'ai vu nager au milieu de la famille des cygnes, un ragondin peinard qui allait dans la darse du fond de Rouvray. J'en parle le lendemain autour de moi à mes amis promeneurs de chien, tout le monde connaissait le ragondin de la darse. D'après mon enquête, il vivrait seul depuis des années, dans son petit bout de canal, attendant le soir pour faire un tour en ville.


M. Papoul, "l'homme qui sait tout du canal", le connaît aussi et le hait également. À cause de lui, tous les bureaucrates du Service des Canaux du 60 quai de la Marne sont obligés de se faire vacciner contre la leptospirose. On dit même qu'il peut transmettre la douve du foie. Deux maladies graves qui se transmettent par l'urine. Vous me direz, un ragondin qui fait pipi dans notre canal,  ça ne le fait pas déborder. Certes, vous n'avez pas tort,  mais quelques gouttes d'urine polluent des dizaines de mètres cubes d'eau. J'ai beau dire que les techniciens du Service des Canaux ne se baignent pas régulièrement dans le canal, mon interlocuteur ne décolère pas. Oui, me dit-il, mais ils peuvent toucher l'eau et comme le nuisible s'égaille sur les bords, si vous touchez le sol, paf ! ; la grosse maladie professionnelle. La Ville de Paris ne prend pas de risque : on vaccine tout le monde. 

Avis aux promeneurs de chiens sur les bords du canal : ne touchez pas l'eau, ne touchez pas le sol (pendant que nous y sommes, ne respirez pas non plus, à cause de la proximité des périfs) ; vous et votre compagnon à quatre pattes êtes en danger de mort. Quand je pense qu'il faut que je vous le dise et qu'il n'y a même pas un panneau pour indiquer l'imminence du danger mortel, mortel qu'il est le danger. Mais que font nos élus, nos maires, nos députés, nos sénateurs. On protège les écoles, c'est bien, et on ne protège pas les retraités qui promènent leur chien. Nous frôlons le scandale, voire l'affaire d'État.
En plus, M. Papoul ne les aime pas les ragondins parce que ça creuse des trous dans les berges en terre qui, trop minées, s'effondrent. Et qui paie les réparations ? La Ville de Paris, c'est-à-dire, vous et moi. 

Informé des risques encourus par la promenade de Darling, c'est le nom de mon chien, j'ai recouvert mes chaussures de surchaussures volées dans un hôpital en salle d'op, j'ai mis des moufles et me voilà paré pour affronter le ragondin.


Le problème étant réglé élégamment, c'est serein que dimanche dernier, je terminais ma descente de chien. Sur le quai un monsieur donnait du pain à des canards, un brave homme et au milieu des colverts je vois mon ragondin. Pas farouche, il se mêlait au festin des canards et leur avait piqué un morceau de pain. Comme une loutre, il le prenait dans ses pattes et, tranquille, cassait la croûte, regardant d'un œil, si le brave homme n'en jetait pas un autre. Un vrai cabot : à moins de deux mètres de moi à faire des cabrioles aquatiques, à lâcher son quignon, à le grignoter. Même pas peur de moi, encore moins de mon molosse. Pas besoin de zoomer, il se rapproche pour la photo, me montre son bon profil, me fixe sans ciller.

Amis lecteurs, vous aurez compris l'étendue des dangers qui nous menacent. L'ennemi est là, tapi (sur Tapie, j'ai rien d'intelligent à dire non plus) dans l'ombre de la darse.

vendredi 23 janvier 2015

M. Papoul, "l'homme qui sait tout sur le canal de l'Ourcq"

Bizarre, alors que je [Richard] ne crois pas au destin, je crois au hasard. Seul le hasard m'a permis de rencontrer "l'homme qui sait tout sur le canal de l'Ourcq". Je vais vous raconter ma rencontre et mes récentes découvertes.

Il y a plusieurs mois, nous avons publié un post sur la cristallerie Schweitzer. Au hasard d'une promenade, j'avais découvert un atelier de cristallerie encore "dans son jus". Des tours disposés face au canal, quai de Jemmapes, pour profiter de la lumière, des engrenages, des poulies, des courroies. Seule la force motrice de la roue à aubes du XIXe siècle a été remplacée par un petit moteur électrique. Je croyais avoir compris le principe : une roue à aubes dans le canal fait tourner un axe qui, par un système d'engrenages, génère une énergie motrice. Le simple constat que le faible courant du canal ne peut pas entraîner une roue à aubes m'a amené à essayer de comprendre la relation entre le canal et la cristallerie.

Ateliers d'entretien du canal à Pantin
N'écoutant que mon courage, hardi reporter, je suis allé frapper à la porte de la Direction de la Voirie et des déplacements, service des canaux, dont une partie des bureaux est installée quai de la Loire. Gentiment reçu, j'explique l'énigme, les dames ne savent pas quelle est la solution de ce nouveau mystère de Paris mais, hasard, connaissent "l'homme qui sait tout sur le canal de l'Ourcq". Une dame avenante me note le nom et le téléphone sur un petit bout de papier.

Aussitôt, je téléphone à M. Jean Papoul. Il m'explique qu'il travaille au service des canaux depuis plus de 40 ans et que c'est lui qui a constitué le fonds d'archives du canal qu'il a disposé aux Archives de la Ville de Paris et que, de facto, il est chargé des relations avec le public. Bingo, il accepte de me recevoir dans les bureaux du 60-62 quai de la Marne. Adorable, érudit, disponible, pendant deux heures il répond à toutes mes questions. J'apprends plein de choses sur un canal que je croyais connaître depuis l'enfance : il connaît son histoire, il travaille avec les éclusiers et les services des travaux de la Ville... Bref, il connaît tout le monde et sait tout. Et en plus, passionné par son sujet, il sait faire vivre par des anecdotes sa connaissance quasi exhaustive du canal de l'Ourcq.

Bassin de Pantin
En vrac, il m'apprend que la Ville de Paris est propriétaire et entretient un réseau fluvial de 130 km de voies navigables. Pour ce qui nous concerne, le canal de l'Ourcq qui s'écoule sur 97 km de Mareuil-sur-Ourcq dans l'Oise à Paris, le canal Saint-Martin qui s'étire sur 4,5 km entièrement situé dans Paris, le canal Saint-Denis qui coule sur 6,6 km, de Paris à Saint-Denis. Ajoutons la rivière Ourcq en amont de Mareuil-sur-Ourcq, les affluents (la Collinance, la Gergogne, la Thérouanne, la Beuvronne).
Il résout mon énigme sur la cristallerie : située en aval d'une écluse du canal Saint-Martin, une conduite forcée prise depuis le niveau haut de l'écluse (en amont, vous suivez ?) entraîne dans le sous-sol de l'atelier une roue à aubes ou une turbine. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, des ateliers, des usines, sont venus s'installer sur les bords du canal pour tirer parti de la force motrice de l'eau.

J'apprends également qu'il y a 10 écluses sur les canaux de l'Ourcq, Saint-Martin et Saint-Denis, 3 ponts levants, 2 usines élévatoires... Montrant mon intérêt pour les écluses, M. Papoul, m'invite à faire une croisière sur le canal et à découvrir l'écluse du pont de Flandre. Je dis mon intérêt, en fait c'est une façon de me ménager : dit plus clairement, je n'ai jamais bien compris le fonctionnement des écluses.

La demi-flûte Ariane
Un lundi de novembre bien parisien, sombre, froid et pluvieux, je me rends en métro dans les ateliers d'entretien du canal, avenue Jean-Lolive à Pantin. On rentre du côté rue et en face nous nous trouvons sur les bords du canal, plus précisément sur les bords du bassin de Pantin. Ce bassin est plus large que celui de la Villette, les péniches y déchargent du sable, du gravier, enfin tout ce qui est nécessaire pour faire du béton. C'est le seul trafic ; les péniches ne vont pas plus loin. L'activité ne cesse de décliner : une quinzaine de péniches par semaine. Paris veut conserver ce transport qui pérennise la batellerie sur le canal.

Nous embarquons sur une flûte. Plus précisément une demi-flûte. Rien à voir avec le champagne. Les flûtes étaient les péniches qui naviguaient sur le canal. Elles étaient fabriquées dans des ateliers qui bordaient le canal Saint-Denis. Le canal étant étroit, ne pouvant manœuvrer pour rebrousser chemin, elles avaient deux proues. Comme notre bateau l'Ariane, aménagé pour transporter 30 personnes. Vous me direz : pourquoi faire un canal aussi étroit qu'il ait fallu construire des péniches sur mesure, et qui pouvaient se croiser ? Pour comprendre, il faut se dire que le canal de l'Ourcq, c'est comme un aqueduc à ciel ouvert. Il a été creusé pour approvisionner la capitale en eau. Aujourd'hui encore, au niveau de Jaurès, une prise d'eau alimente un réseau d'eau non potable qui sert au nettoiement (bah oui, il y a deux réseaux à Paris, un d'eau potable et un d'eau non potable).
Au début XIXe siècle, la fonction était l'alimentation en eau potable, stockée dans le bassin de La Villette (qui existait avant la construction du canal). Voilà pourquoi les eaux usées et les effluents industriels ne se sont jamais déversés dans le canal. Depuis sa construction l'eau est quasiment la même : ce sont les normes européennes de potabilité qui ont changé. Maintenant, je ne vous invite pas à la boire ! Habitués à l'hygiène, nous sommes moins résistants aux bactéries et petites choses qui prolifèrent dans l'eau verte. D'ailleurs, les poissons se portent bien. Merci. Ils sont même si abondants que la Ville les pêche et qu'ils font les délices d'une vraie colonie de cormorans dont le nombre chaque hiver commence à inquiéter le service des canaux (les sociétés de pêche s'acquittent de droits pour leurs membres et, bien sûr, ils n'aiment pas les cormorans... qui ne paient pas de taxes).

Carrefour des canaux. J'apprends que le canal de l'Ourcq ne peut être vidé (comme le canal Saint-Martin) parce qu'il alimente Paris en eau (je sais, je l'ai déjà dit, mais il faut le répéter). Conséquence, les travaux sont faits sans le vider, avec des scaphandriers, des dragues etc. Pas simple, très coûteux et des revenus de la batellerie qui ne cessent de baisser (c'est marrant ça, les péniches qui empruntent les écluses et les canaux paient une taxe en fonction de leur tonnage comme sous l'Ancien Régime).

    



Écluse du pont de Flandre. En fait deux écluses, une petite qui ne sert plus et une grande. La dénivellation est de 10 mètres (à l'origine, il y avait deux écluses de 5 m). L'Ariane entre pour se faire écluser (c'est le terme, moi je l'employais dans d'autres circonstances). Le bateau descend relativement vite, une dizaine de minutes. L'eau qui est entre les biefs (dans l'écluse quoi), par gravité, c'est-à-dire par son poids, entre dans des canalisations situées de part et d'autre de l'écluse et est rejetée de l'autre côté. Quand c'est vidé, la porte actionnée par des vérins s'ouvre. C'est ça que je n'avais pas pigé : ce n’est pas en ouvrant la porte qu'on fait sortir l'eau. Je n’avais pas vu les gros tuyaux. Normal, on ne les voit pas. Au début du XXe siècle, les éclusiers utilisaient un vaste bassin situé entre les deux écluses : l'eau passait de l'écluse dans le bassin et réciproquement, par gravité, pas de moteur.



Du pont de Flandre, dans une salle, style "tour de contrôle" avec des caméras, des animations graphiques, les éclusiers gèrent les écluses du canal Saint-Denis et du canal Saint-Martin.

Fin de la visite, une dernière info pour la route : un héron habite depuis plusieurs années sur les bords de notre canal entre le quai de Jemmapes et le carrefour des canaux. Je l'ai rencontré un jour, la nuit, en sortant du MK2 : sympa, j'ai pu le photographier au flash à moins de 2 mètres... et il posait le bougre, comme une star sur la Croisette.
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