dimanche 2 février 2014

Gonflement d'un ballon "Aérophile" à La Villette en 1896

© Dessin de M. Moulignier - Le Monde Illustré
Durant la nuit du 13 au 14 novembre 1896 à l'usine à gaz de La Villette, un ballon aérophile a été gonflé afin d'effectuer une "pénétration au-delà des couches du respirable" pour mesurer l'altitude, la température et autres données scientifiques. L'article ci-dessous de Noël Nozeroy est paru dans Le Monde Illustré du 21 novembre 1896. Le texte est un peu long mais deux siècles de recul lui confèrent une délicieuse saveur !

L'Aérophile
 L'homme a toujours été curieux de sonder les mystères impénétrables de l'au-delà et pendant que les religions primitives, les fables de la mythologie, intéressaient et distrayaient nos ancêtres, l'un d'eux poussait l'audace à se risquer dans les airs, premier pionnier de l'aviation.

Malgré tous les progrès que la science a réalisés au cours de ce siècle, l'aviation n'a pas fait un pas depuis Icare et semble délaissée tandis que l'aérostation compte des adeptes sur tous les points du globe. L'expérience à laquelle nous avons assisté dans la nuit du 14 novembre à l'usine à gaz de la Villette est des plus intéressantes. Il s'agissait de la pénétration au-delà des couches respirables, d'un ballon - l'Aérophile - qui serait muni d'instruments enregistreurs susceptibles de noter l'élévation atteinte et la température subie.
 [suit une longue description des appareils embarqués pour noter l’altitude et la température enregistrées]
 Au-dessus du panier était attachée une grande enveloppe recommandant de ne toucher aux appareils à la descente qu’après avoir lu les instructions contenues dans ce pli. Enfin à mi-distance entre le ballon et sa légère nacelle flottait le drapeau tricolore affirmant la nationalité de l’aérostat, car, la même nuit, à deux heures du matin, des expériences similaires étaient faites  à Strasbourg, Munich, Berlin, Varsovie et Saint-Pétersbourg.

C'est à MM. Besançon et Hermitte que revient tout l’honneur de ces recherches scientifiques qui ont pour but de pénétrer dans les sphères jusqu'ici inaccessibles, au-delà de toute distance atteinte jusqu'à ce jour. 
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 Les premières expériences auxquelles les explorateurs célestes se sont livrés datent de 1892. Ils se servaient alors de petits ballons de papier de quelques mètres cubes. Le 21 mars 1893 ils lancèrent le premier aérophile d'un volume de 113 mètres cubes. L’atterrissage eu lieu près de Joigny ; l’altitude maxima avait été de 14,000 mètres. L'encre des enregistreurs avait été congelée à 12,500.

La deuxième ascension se fit le 27 septembre 1893 l'Aérophile parti à 11 heures du matin tombait à 11h22 du soir à Graffenhausen (Forêt-Noire), l'altitude avait été de 8,600 mètres et le diagramme thermométrique interrompu à - 40° centigrades par la congélation de l'encre. Un nouveau ballon de 180 mètres [m3] fut lancé le 20 octobre 1895 et alla atterrir à Chanitraux en Seine-et-Marne. Après être monté à 15,000 mètres, la plus grande altitude atteinte jusqu'à ce jour, la température était descendue à 70 degrés au-dessous de zéro. Enfin deux autres ascensions donnèrent des résultats à peu près similaires.
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L’Aérophile est tombé, après cinq heures de trajet à sept heures du matin dans les environs de Dinant, dans le Luxembourg belge.

Par une coïncidence bizarre, c'est près de cette même localité que M. Besançon a atterri lors de son dernier voyage aérien. L’Aérophile était accroché entre deux chênes gigantesques et les paysans belges qui ignoraient les détails de l'expérience n'ont pas envoyé de télégramme pour prévenir de leur trouvaille ; ils se sont contentés d'écrire par la poste.

Le ballon-sonde lancé de Strasbourg a été retrouvé dans la Forêt-Noire, il ne s'est élevé qu'à 8,000 mètres d'altitude, à cause des nuages de neige qu'il dut traverser et qui l'alourdirent.

Enfin le général Rykatschof a envoyé un télégramme pour prévenir que le ballon-sonde russe lancé à Saint-Pétersbourg, a éclaté à 3,000 mètres.

L'ascension en ballon monté a réussi, les observateurs sont descendus à Flosk après s'être élevés à 5,000 mètres.
 Noël Nozeroy.
Le Monde Illustré du 21 novembre 1896

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