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jeudi 20 août 2015

Faites des couleurs, rue Henri-Noguères

La rue Henri-Noguères en pleine effervescence le mercredi 19 août 2015
Berns
Astro et Olsen cogitant pour faire des 2 œuvres une fresque commune

Diaporama de 12 photos
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Lâche-moi !


Rue Henri-Noguère, affichettes de la campagne
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mercredi 22 juillet 2015

"Dante", la fresque de Nosbé rue Henri-Noguère

Rien n'est plus agréable dans mon "travail" de chroniqueur que de vous faire découvrir, chers lecteurs, de nouveaux talents du street art. Pour découvrir les œuvres, il n'y a que deux solutions : aller les chercher (dans les spots parisiens, les expositions, les galeries) ou attendre qu'elles arrivent dans votre quartier (si votre quartier est un spot actif de street art). Sans chercher, j'ai découvert un beau matin de juin, rue Henri-Noguères, une fresque qui m'a fortement impressionnée.


La fresque semble titrée Dante et son thème comme sa forme sont très originales. Il est exceptionnel qu'une fresque de street art illustre un poème épique et allégorique composé entre 1307 et 1321 par Dante Alighieri. Certes, cette œuvre rédigée en vers est tenue comme un des sommets de la littérature mondiale et le thème de l'enfer a été traité par de nombreux artistes français et étrangers. Je me souviens de mon émotion quand j'ai vu les sculptures de Rodin exposées dans le musée éponyme. La peinture du Moyen Âge et de la Renaissance n'est pas avare de représentations de l'enfer, histoire de décourager les pauvres pêcheurs et les ramener dans le droit chemin, qui est bien sûr, celui de "notre sainte mère l'Église", quitte à payer son salut de quelques indulgences ! Bref, l'enfer est un sujet "classique" traité par les arts depuis l'antiquité (souvenons-nous, des Champs-Elysées et du Styx, de Charon etc.), constamment repris un peu partout, en France, en Italie, aux Pays-Bas pour ne citer que ces trois pays. Mais, le traitement de l'enfer dans le street art est, me semble-t-il (mes connaissances sont partielles et pas universelles !) extra-ordinaire.

Jungle (œuvre sur toile) ©Nosbé
Je me suis dans un premier temps intéressé à l'artiste (je suis de ceux qui pensent que sa connaissance peut aider à saisir la signification de l'œuvre). Dans une interview à un blog, Fat Cap, l'artiste Nosbé, répondant à des questions, nous apportent des précieuses informations :
Qui es-tu Nosbé, d’où vient ton blaze et depuis quand dessines-tu ?
Originaire de la banlieue sud, j’ai la trentaine passée et porte ce surnom depuis qu’il m’a été donné par un pote au lycée. Je fais des remplacements dans des collèges et lycées d’Île-de-France en tant que prof d’arts plastiques, ce qui me permet de gagner ma croute (mouais) tout en gardant un pied dans le domaine créatif. Je dessine depuis tout gamin. Mon séjour de plusieurs années à Tahiti m’a fait découvrir les arts océaniens et les tattoos représentant des divinités sous la forme de visages très stylisés.


Au début je les ai beaucoup copiés, puis peu à peu personnalisés jusqu'à trouver le style actuel. En 1992, de retour en France, je découvre l’univers du graffiti en voyant des graffs le long des voies ferrées du RER. Ces lettres et ces couleurs, dans un contexte pour moi inhabituel, me plaisent et m’encouragent à faire mon premier graff sur le portail d'un pote…une feuille d’un végétal très connu dont je tairai le nom (!). L’instrument « bombe » sur le coup m’a assez surpris et pas tellement plu. S’ensuit alors une longue période de 10 ans où je dessine beaucoup mais sans vraiment toucher un cap, malgré quelques tentatives peu fructueuses bien qu’encourageantes. Pendant tout ce temps je reste très attentif aux productions de tags, graffs et autres interventions urbaines.
Merci à Fat Cap pour cet emprunt et pour la reproduction de deux photographies illustrant le parcours de Nosbé.


L'œuvre se présente comme un ensemble cohérent et fermé. Le fond orangé délimite l'œuvre dans l'espace et mets en valeur les couleurs sombres de la fresque, des noirs, des gris. En excluant le fond, l'œuvre par le style s'apparente à une gravure monochrome ou un dessin. Le "refus" de la couleur pour signifier l'enfer est déjà un choix. Dans d'autres fresques, Nosbé montre qu'il est un formidable coloriste. Sa palette est plutôt constituée de teintes et de couleurs très vives qui éclaboussent l'espace. Noir, c'est noir, il n'y a plus d'espoir disait le poète (Johnny Halliday) ; pour Nosbé les couleurs n'appartiennent pas au monde du dessous (cf : La Divine Comédie).


La cohérence de la palette étonne, comme étonnent toutes ces formes enchevêtrées. Toutes les formes sont reliées les unes aux autres dans une grande confusion. Le spectateur reconnaît là un visage, à vrai dire, bien singulier. Des yeux, l'un plus ouvert que l'autre, que nous devons par la pensée relier. On voit des fleurs (Les Fleurs du mal ?), des membres, des morceaux de cerveau, des vésicules, des "boyaux".


Cet amas semble inorganisé... à moins que ce soit le désordre qui représente l'enfer en s'opposant aux sages allées du Jardin d'Eden. Désordre et horreur, ordre et beauté ? La signature de l'artiste appartient au monde graphique de l'œuvre ; elle lui emprunte ses formes et ses couleurs. Ces organes qui coulent, des bouts de corps se mêlant à des formes issues du monde végétal évoquent plus qu'elles ne décrivent. C'est un cauchemar éveillé ; ces formes qu'on ne peut nommer effraient, justement parce qu'on ne peut les nommer et complètement les décrire.


Je reste étonné devant la force de cette fresque qui donne à voir un cauchemar vivant qui grouille, suinte, dégouline. Une vision personnelle et hors des codes communs de la représentation de l'enfer.
Richard

vendredi 19 juin 2015

Rue Henri-Noguères, "La Jeune Fille au pétard"


Richard nous avait parlé de La Jeune Fille à la perle il y a 3 semaines, mais à l'échelle du street art, c'est une éternité !

mardi 2 juin 2015

Rue Henri-Noguères, "La Jeune Fille à la perle"

Rue Henri-Noguères, le seul spot "vivant" du 19e arrondissement, presque à l'angle du quai de la Loire, une immense fresque. Les dimensions sont telles que c'est plutôt un mur peint (les Anglo-Saxons parlent de "murals"). On pense aux muralistes célèbres comme Diego Rivera mais cela n'a rien à voir avec une quelconque révolution. On pense surtout aux dessins faits à la craie sur les trottoirs. Les"artistes", le modèle sous les yeux, choisissent de préférence soit une scène pieuse (une Descente de Croix, une Vierge à l'Enfant etc.) soit la reproduction d'un tableau connu du plus grand nombre (La Joconde, Les Montres molles de Dali etc.). Histoire de susciter la charité et de récompenser de quelques pièces l'artiste qui a su reproduire fidèlement le tableau dont on s'honore de connaître le nom et celui de son auteur.



La Jeune Fille à la perle ou La Jeune Fille au turban de Vermeer est de cette veine. Pourtant, et c'est là l'intérêt de cette fresque, ce qui fait l'originalité du tableau a été gommé et le fond qui se fait oublier par définition, est d'une remarquable richesse picturale. En somme, on inverse le sujet. Le sujet n'est pas la reproduction de la Jeune Fille mais l'espace graphique qui met en valeur le sujet.

Cela mérite pour le moins un début de démonstration. Ce tableau est célèbre pour plusieurs raisons : la pose du modèle, qui semble être surprise en train de se retourner, pour le contraste fort entre les zones éclairées du visage et du vêtement et le fond quasiment uniforme et noir comme de nombreux portraits de l'époque de l'âge d'or de la peinture hollandaise, par l'intensité du regard de la jeune fille qui regarde celui qui regarde, par des détails qui "émerveillent", la perle reflète une fenêtre de la pièce occupée par la jeune fille, tout comme les yeux. La virtuosité du maître cache un mystère, celui de la "Joconde du Nord".

    



L'artiste qui a peint la fresque a fait des choix qui interrogent : la perle peinte à la bombe aérosol n'a pas les reflets attendus, pas davantage les yeux de la demoiselle, la ressemblance n'est qu'approximative. L'auteur, UMA UMA MANU, a introduit dans sa copie avouée du tableau des différences qui ne doivent rien au hasard.

    



Si nous regardons de plus près le vêtement par exemple, nous voyons un réseau géométrique de lignes formant des figures complexes. Cela forme une "sous-couche" à peine visible qui densifie les grands à-plats. Le col de la robe en fournit un exemple mais ce procédé est également utilisé dans des zones de décor (par exemple, la grande surface située sous le turban). Le traitement du fond est très original. Le portrait reste entouré d'une zone imprécise de noir intense mais rapidement, en allant vers les bords latéraux, les couleurs claires éclatent, le bleu ciel en combinaison chromatique avec toute une variété d'ocres et d'ors. Les grandes bandes ne sont pas jaunes, elles sont dorées et elles brillent. Tous les ors sont présents, les plus clinquants, les mordorés. Ils tranchent sur le jaune du turban. En fait, les deux couleurs majeures du turban, le jaune et le bleu sont déclinées en ciel et ors. Le plus étonnant pour une "copie", somme toute banale, c'est l'utilisation du grain du ciment du mur. Loin d'être un obstacle à la représentation, les grains de différentes grosseurs, "accrochent" plus ou moins
la peinture. L'or remplaçant le noir est la marque de l'artiste : c'est d'ailleurs en or qu'il signe son œuvre et note la date de création du tableau et 2015. Le rouleau utilisé pour les sous-couches est retravaillé à la brosse pour "tirer" la peinture. On voit l'intérêt de cette technique pour le traitement des ors : des grains renvoient plus ou moins la lumière et la gamme des nuances s'élargit. La bouche de la jeune fille est peinte avec soin : c'est dans la masse de la matière que les reflets de la lèvre inférieure sont peints (il est vrai que cette bouche entrouverte dévoilant les dents est une des caractéristiques du tableau de Vermeer).


Si la facture mérite un commentaire, il en est de même pour cerner la signification de la fresque. Doit-on y voir la réinterprétation en 2015 d'une œuvre archiconnue de 1665 ? Un essai, un peu loupé de peinture sur un mur d'un sujet "réservé" aux trottoirs ? Un jeu subtil d'inversion sujet/décor ? Un jeu encore plus subtil encore de fausses pistes (on cherche les reflets de la fenêtre dans la perle par exemple et de pistes inattendues (les formes géométriques en sous-couches) ?

On attend des street artists des représentations de leurs idoles et de leurs icônes. Je comprends qu'aujourd'hui Frida Kahlo soit une icône mais La Jeune Fille à la perle ? Comme La Joconde on ne sait pas qui a servi de modèle. Comme elle, elles ne sont pas "chargées" d'un contenu idéologique.


Bref, un "mural" qui n'en est pas vraiment un, une copie plutôt maladroite d'une œuvre classique, un défi, (on se mesure aux grands maîtres). Surtout, un traitement original du fond qui ouvre des perspectives nouvelles à cet art de la rue.

samedi 7 février 2015

Il y a un mois, Charlie...

Nous sommes le 7 février 2015. La radio me [Richard] rappelle qu'il y a un mois deux terroristes décimaient la rédaction de Charlie Hebdo, un troisième massacrait à Montrouge une policière municipale et 4 clients d'un hypermarché casher à la porte de Vincennes. La réponse à ce massacre a été la mobilisation de près de 4 millions de personnes les 10 et 11 janvier.

Nous avions dans notre blog, à notre manière, rendu hommage aux victimes de ces massacres. En France et dans le monde, des millions de voix se sont élevées pour défendre la liberté d'expression et dénoncer la bête immonde de l'antisémitisme.

La rue a témoigné de ce terrible choc. Des "Je suis Charlie" ont été peints sur les murs de nos villes, imprimés sur des banderoles, écrits sur nos monuments, sur de simples feuilles de cahier arrachées à des cahiers d’écolier. Bref, tous les supports étaient bons pour afficher la  solidarité du peuple de France aux victimes.

Ce matin, je suis retourné rue Henri-Noguères, spot de street art où j'avais photographié des témoignages de l'adhésion des street artists à ce formidable mouvement dans une très large mesure spontané. J'ai photographié les affiches de dAcRuZ également pour faire un constat.



La grande fresque de la rue Henri-Noguères qui dénonçait tous les fanatismes religieux a été recouverte par des graffes. Le superbe Charlie de Treiz n'a pas été vandalisé mais le "Je suis", introductif à "Charlie" a été complété par les blazes des tagueurs.

Les deux affichettes de dAcRuZ collées sur le pont de la rue de l'Ourcq ont été en partie arrachées et l'une des deux est couverte par le dessin malhabile d'un bonhomme. L'affiche de moyen format collée sous le pont a été respectée tout comme celle collée sous le pont SNCF de l'avenue Jean-Jaurès.

Un constat bien difficile à interpréter de façon globale. Les fresques de la rue Henri-Noguères ont perdu leur caractère "sacré". La grande fresque qui reproduisait une caricature de Charlie Hebdo aurait pu avoir une valeur patrimoniale et être respectée comme un témoignage historique des terribles événements du début janvier. Plus lisible à mon sens, l'intention des graffeurs de décliner le "Je suis..." de leur nom de code dans le milieu fermé du street art. C'est une reprise de ceux qui se sont opposés à la mobilisation nationale. À moins que cela soit une simple bêtise et une manière d'afficher de manière provocatrice son blaze.

    


Quant aux affichettes lacérées de dAcRuZ, elles peuvent à mon sens manifester deux réactions : la première est sur le fond (la République laïque n'est pas la somme des trois principales religions monothéistes pratiquées en France), la seconde, un soutien aux terroristes. Reste que les deux plus grands formats de dAcRuZ, et par là, les plus voyants, ont été respectés. Non seulement, les affiches n'ont pas été déchirées mais elles n'ont pas été surchargées par des inscriptions et/ou des dessins.

             


Ces observations confirment ce que nous savions déjà : la population de notre quartier, cosmopolite, réagit par une constance dans l'adhésion aux valeurs qu'elle défendait dans la rue dans de gigantesques manifestations les 10 et 11 janvier. L'esprit Charlie n'est pas mort, il bouge encore. Une minorité ne s'interdit plus d'exprimer son soutien à "la lutte" des terroristes.

Les magasins qui affichaient "Je suis Charlie", rue de Meaux, ont enlevé leur ardoise et effacé leurs inscriptions. Bien sûr, on ne voit pas fleurir sur nos murs des slogans provocateurs. Les communautés tendent à devenir invisibles. 
L'absence est aussi significative que la présence. Sur nos murs, des murmures certes, mais un grand silence.
J'ai peur des silences.

mercredi 14 janvier 2015

"Charlie" dans le Nord-Est de Paris le 12 janvier 2015

Rue Henri-Noguères
Toutes ces photos ont été prises le lundi 12 janvier 2015 par Richard.
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mercredi 1 octobre 2014

Richard, séquence émotions !


Passage des voûtes. Sous les voûtes de la Petite Ceinture, des "artistes" occupent les lieux. Ils ont pompeusement appelé les locaux sordides qu'ils occupent : Galerie de la vache bleue. Pour les mal-comprenants, ils ont peint sur les murs une vache, bleue.
Les gens du quartier qui connaissent le passage n'y passent pas. Ou alors, dans la journée et pas seuls. La nuit, les passants font un détour, craignant de mauvaises rencontres. Situé derrière l'hôtel Ibis et des logements sociaux, le passage est une sortie de garage. Des poubelles y sont déposées. Des images resurgissent de nos mémoires, un genre de back-stage, l'envers de la société de consommation. Dans ce dépotoir vaguement arty, sur un mur, une toile de plus de deux mètres de hauteur et de deux mètres de largeur a été tendue sur un cadre de bois et un artiste a peint, à l'huile, un tableau d'une grande beauté. Les couleurs éclatent, l'harmonie est chaude, des formes apparaissent. Un tableau qui n'appartient à personne. Personne ne se l'accapare. Un don, une parcelle de beauté dans un océan d'immondices.



Rue Henri-Noguères. Cette rue piétonne dessert une école. Le mur qui lui fait face est un spot des apprentis graffeurs de Jaurès. Les propriétaires du mur laissent faire. De toute manière, cela ne servirait à rien. Sitôt repeints, les murs seraient de nouveau l'espace de liberté des taggeurs du quartier. Le long mur couvert de graphes, de fresques, est du point de vue de l'art, disons pour être aimable, une longues successions d'essais malheureux. Septembre à Paris, je me promène sur le quai de la Loire, je fais un détour par la ruelle et là, au milieu des graffs et des tags de la plus méchante facture, une odalisque, peinte, référence et copie du tableau d'Ingres. La beauté aujourd'hui avait le corps d'une femme.



Boulevard de Belleville, sur le terre-plein, un édicule de la Propreté de Paris du siècle dernier. Un dessin à l'encre de Chine. J'ai beau regarder de plus près, ce n'est pas une photocopie collée sur le mur de briques. L'affiche est une œuvre unique, elle n'est pas signée. Pas un mot ne vient donner un sens à l'œuvre, réduire comme disent les pédants, sa polysémie. Nous sommes à Belleville, deux semaines après la fin de l'opération Bordure protectrice. No comment.
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