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samedi 13 juin 2015

Nadège Dauvergne, passage Saint-Bernard

Nadège Dauvergne [Albert Moore]
Cette Dame, nouveau collage de Nadège Dauvergne, est à deux pas du Cabinet d'amateur où elle vient d'exposer.




lundi 8 juin 2015

Une "Dame" de Nadège Dauvergne, rue Carrière-Mainguet


Voici une dame proche du Cabinet d'amateur où nous avons rencontré Nadège Dauvergne.
Elle nous a artistiquement dédicacé le catalogue de l'exposition Tout doit (va) disparaître ! avec la dame du canal de l'Ourcq inspirée de la Faticida de Frederic Leighton.

dimanche 31 mai 2015

Nadège Dauvergne expose son "catalogue" !


Jusqu'au 10 juin, le cabinet d'amateur – petite galerie très active auprès des street artists – expose Nadège Dauvergne dont nous vous avons déjà montré les "dames". Ici, hormis pour quelques œuvres, le format est réduit à la feuille de catalogue qui lui sert de support. Mais le procédé de création reste le même ; Nadège Dauvergne reprend un personnage de tableau ancien connu qu'elle insère dans une page commerciale sélectionnée avec soin. La synergie de ces deux mondes donne des résultats étonnants et plein d'humour.

         
Salle de bain [J.W. Godward]

Vénus liant ses cheveux [Godward]

Voyage immobile [Godward]

La présentation de l'exposition par le cabinet d'amateur
Les œuvres présentées sont à la fois des détournements de pages publicitaires et de tableaux de la peinture classique. La figure d'un tableau, une Vénus par exemple, est sortie de son contexte pour être redessinée sur une page de catalogue. Ce nouveau fond n'est pas choisi au hasard mais doit ressembler à celui du tableau initial, la figure venant s’infiltrer sans difficulté dans son nouvel environnement. C'est un jeu d'association d’idées, un trompe-l'œil servant à questionner – non sans malice – les images du passé et celles d'aujourd'hui, notre rapport à l'argent et au sacré.


             
Le Billet [Toullouche]

MMe Hamelin [J.-L. David]

Pandore [J.W. Waterhouse]



Le dimanche 7 juin, Nadège Dauvergne sera à la galerie
pour dédicacer le catalogue de son exposition.

mardi 23 décembre 2014

Nadège Dauvergne l'a dit et... l'a fait !

Nadège Dauvergne, après un échange de mail, s'était engagée à me [Richard] signaler ses futurs collages dans notre quartier [voir Nadège Dauvergne bientôt sur les bords du canal !]. Et que croyez-vous qu'elle fit ? Elle a fait ce qu'elle a dit la semaine dernière et deux jours plus tard, je suis allé photographier ses œuvres.
La chose en elle-même est exceptionnelle ; non pas qu'un artiste ait un dialogue avec "les amateurs d'art", mais qu'une personne fasse ce qu'elle a dit. Je n'ose même pas penser au facile parallèle avec le monde de la politique : imagine-t-on un homme politique qui mettrait en œuvre son programme ? Qui tiendrait ses promesses ? Certains diront qu'heureusement les politiques ne tiennent pas leurs engagements et les plus cyniques que les promesses électorales n'engagent que ceux qui les écoutent.

Rendons donc grâce à Nadège Dauvergne et essayons de proposer une analyse qui ne soit pas une trahison.

Les affiches sont collées passage Roche à Pantin, dans un îlot voué à la destruction (ou à la réhabilitation selon les sensibilités). Elles sont distantes de quelques dizaines de mètres. L'une est collée à droite d'une porte close, en contrebas ; l'autre est collée derrière un appui de fenêtre d'un immeuble vétuste mais occupé. Le lieu comme l'indique le nom de la voirie est un passage, une voie discrète peu fréquentée par les chalands. Aux couches de peinture sur les murs du passage, on peut faire l'hypothèse que c'est un spot connu des street artists (et des services de voirie de Pantin). Les deux affiches sont les seules œuvres du passage.



La première affiche est inspirée d'un tableau célèbre de George Romney (1734-1802) : Lady Hamilton as the Magdalene. Lady Hamilton, qui fut la maîtresse de Nelson, est surtout connue comme le modèle de Romney. Elle est représentée en Marie-Madeleine qui a été, d'après les Évangiles, le premier témoin de la résurrection de Jésus. C'est donc une scène religieuse et le tableau de Romney garde du personnage biblique la longue chevelure, signe de repentir et de pénitence. La posture évoque la déploration, la douleur de celle qui a aimé le Christ. Romney n'associe pas à Marie-Madeleine les symboles qui dans l'iconographie religieuse traditionnelle l'identifie : le vase à nard (le baume dont elle a oint les pieds de Jésus) ou le miroir ou la tête de mort. Il peint devant son personnage un sablier qui renvoie au temps qui passe et à la mort. Le fait d'avoir rompu avec la tradition (les Évangélistes et les saints, par exemple, sont reconnus par des attributs) peut être interprété comme la volonté, en prenant comme prétexte une scène religieuse, de faire un portait de salon de celle qu'il peindra en Circé, en bacchante, portant la croix de Malte, en jeune femme, avec un chien etc.

Nadège Dauvergne, dans le tableau de Romney, n'a gardé que le personnage. Le sablier a disparu. La longue chevelure a été gardée. La position me semble avoir été au centre des choix de l'artiste. Son intérêt n'est ni la fidélité à Romney, peintre mineur sans grand intérêt dans l'histoire des arts, ni l'allusion à l'affliction de Marie-Madeleine. Un grand soin a été apporté à l'œuvre : la ressemblance au tableau original est remarquable, ce que j'avais pris lors de mon premier billet sur Nadège Dauvergne, pour les points de couleurs de l'imprimerie en quadrichromie, sont de fines gouttes de bombes aérosols, les reliefs sont soulignés par un travail à la brosse précis et donnant du relief à l'œuvre.

Je crois avoir compris pourquoi la technique de Nadège Dauvergne m'intéressait à ce point : la peinture à la bombe aérosol gomme la patte de l'artiste. La peinture à l'acrylique signe l'humain et l'œuvre unique. On reconnaît à la touche Van Gogh, Matisse, Seurat... C'est aux traces du pinceau que je reconnais Nadège Dauvergne.
Cette parenthèse étant refermée, revenons à notre collage. Nous attendions une relation entre la posture et le lieu : force est de constater (mais peut-être des éléments ont-ils été supprimés le jour où ont été prises les photographies) qu'il n'y en a pas.

    


Il en est tout autrement avec La Dame à la fenêtre. L'artiste n'a gardé du tableau de Manet que la dame au balcon, Berthe Morisot. Le Balcon est le contraire d'une œuvre religieuse. Cette mise en scène des personnages, des quatre personnages, rompt avec les sujets classiques. Il fut en son temps considéré comme une provocation. Les critiques portaient sur la vivacité des couleurs, le bleu de la cravate de l'homme au second plan, du fort contraste entre le blanc des robes et l'obscurité de la pièce.

   



En "extrayant", le personnage de Berthe Morisot, tous les éléments qui firent scandale, disparaissent. Le traitement des deux œuvres les apparente alors qu'historiquement elles n'ont rien de comparable. Je pense que dans cette seconde affiche c'est (bien sûr) la position du personnage qui a intéressé Nadège Dauvergne. La dame au balcon est devenue la dame à la fenêtre. On pense à Levalet et à sa manière d'utiliser l'espace urbain mais...ça n'a rien à voir du point technique et du point de vue conceptuel.

Les deux affiches si semblables du point de vue de l'exécution ont des rapports à l'espace très différents. Dans le premier cas, la position du personnage n'est pas en relation avec son environnement. Dans le second cas, nous ne sommes pas dans le trompe-l’œil mais dans une mise en scène du personnage. 
Demeure une interrogation, voire un mystère : la dame à la fenêtre a-elle été peinte en fonction de cette fenêtre aveugle ou le collage a-t-il été réalisé avant le repérage de la fenêtre?

Ma découverte des dames de Nadège Dauvergne sur les bords du canal m'avait questionné. J'ai des éléments de réponse à mes questions. Nadège Dauvergne est une artiste qui puise dans le fonds des œuvres peintes et en prélève ce qui l'intéresse. L'écart entre la beauté de ses dames et leur décor, ce contraste voulu est, en soi, une réflexion sur l'Art. La Dame à la fenêtre semble amorcer une évolution dans le travail de cette artiste dont le travail continue d'étonner.

mardi 18 novembre 2014

Nadège Dauvergne bientôt sur les bords du canal !

Voici, pour compléter les échanges épistolaires entre Richard et Nadège Dauvergne, un dernier mail instructif de l'artiste, qui de plus nous informe que le canal va bientôt resservir de décor à ses "Dames" aux superbes drapés.

Collage d'une "Dame" de Nadège Dauvergne dans une barque de Levalet
d'après l'œuvre de William Waterhouse, The Lady of Shalott
Votre article fut une surprise pour moi car il ne m'était pas encore arrivé de lire un retour aussi précis sur mon travail. Prendre connaissance de votre questionnement et de la manière dont vous avez reçu ces "Dames" m'a beaucoup intéressée. L'importance du lieu, du contexte est capitale et je crois que vous avez raison lorsque vous soulignez l'importance de ce contraste beauté/laideur. Mon approche, comme vous l'avez perçu, se veut tout en subtilité et discrétion. Il est évident qu'à travers elle j'interroge la Beauté, l'Image, et que je le fais en confrontant les différences d'époques.

Actuellement je colle plutôt dans le XIIIe arrondissement mais je pense que je reviendrai bientôt coller sur les bords du canal.
Je vous tiendrai au courant de mes prochains passages dans votre quartier.

samedi 15 novembre 2014

Nadège Dauvergne nous explique...

Le post Nadège Dauvergne et ses dames, copiées, collées et peintes de Richard à suscité un commentaire amical de Nadège Dauvergne sur son propre travail. Vu l'intérêt de ce commentaire, nous avons décidé de le mettre en avant par la création d'un nouveau post, avec la réponse de Richard.

Nadège Dauvergne
Rue Dénoyer à Belleville
d'après Canaries d'Albert Joseph Moore
Merci pour votre article. Je voulais juste vous préciser qu'il n'y a pas d'impression préalable, je procède de manière classique (obligé). Dessin au fusain, premiers aplats à la bombe aérosol (équivalent des glacis) et finitions à l'acrylique. Toutes les figures choisies sont issues de tableaux du XIXe siècle, peintes par des artistes pompiers ou de ce courant de l'époque victorienne appelé "olympien". Je les choisis parce qu’elles me touchent et comme vous je suis fascinée par la grâce et la beauté de ces femmes d'un autre siècle. En les peignant ainsi, grandeur nature, c'est comme si elles venaient nous rendre visite en se mélangeant aux images et aux environnements d'aujourd'hui. Une manière de parler de l'Image avec un grand "I" par ce grand écart temporel ?
Le mystère reste entier...

Richard
Si nous avons écrit un article sur vous c'est que nous avons été saisis par la beauté de vos "dames" olympiennes. Dans l'environnement délabré des bords du canal de l'Ourcq à Pantin, parmi les graffs malhabiles et les fresques ratées des apprentis street artists, vos dames éclaboussaient de leur beauté. Le contraste entre le paysage de no man’s land, d'un lieu désert, isolé, presque dangereux, et la sérénité, la noblesse, la jeunesse radieuse de ces femmes est un élément fort qui explique l'émotion esthétique qui m'a saisi. J'en viens à penser à l'importance du contexte dans votre projet. Il me semble que plus l'environnement  est laid, plus vos œuvres font sens. À ce premier contraste, je vois une opposition absolue de style entre vos dames du temps passé et les productions des autres street artists. Non seulement votre technique, que vous avez eu la gentillesse de nous décrire, mais votre palette (ces harmonies douces des blancs et des roses, ce refus de renforcer les contours par une ligne claire, d'attirer le regard des chalands par des teintes trop vives, votre fidélité aux modèles "olympiens"...) tout s'oppose aux canons dominants du street art. À un street art, jeune et déjà codifié (voir le free style des graffeurs par exemple), s'oppose un art urbain qui emprunte les codes de la peinture du XIXe siècle pour faire dialoguer deux formes de représentations. Enfin, pour tout vous dire, j'aime les street artists quand ce sont de véritables artistes, c'est-à-dire, des hommes et des femmes qui interrogent leur art et notre temps. Votre démarche nous invite à partager votre réflexion sur la représentation et sur la beauté dans les arts, thème central des problématiques de l'histoire de l'Art, de Platon à nos jours.

mardi 11 novembre 2014

Nadège Dauvergne et ses dames, copiées, collées et peintes

Nous avons rendu compte dans notre blog de notre rencontre avec les œuvres de Nadège Dauvergne [Les "Dames" de Nadège Dauvergne]. Ses collages questionnent le curieux.
Une première question me [Richard] taraude, collage certes mais est-ce une photocopie ou une peinture ? Une seconde question surgit du spectacle de l'environnement de l'œuvre : quelle est sa signification ? A-t-elle seulement une signification ?
Essayons avec nos faibles moyens d'apporter des éléments de réponse.



Les dames sont très certainement issues de l'Antiquité. Le drapé du vêtement évoque une toge. Ce n'est pas une toge : la toge est un vêtement de laine épaisse portée par les citoyens de la Rome antique, nous disent tous les bons dictionnaires. C'est plutôt une stola, une tunique longue qui était resserrée à la taille. Nous avançons : ces dames sont grecques. Ces dames sont jeunes, très belles et, manifestement, leurs postures marquent leur appartenance à l'aristocratie. Leurs représentations sont de grande taille. Les collages sont découpés : ils suivent les contours du corps. En observant de près les collages, on voit deux couches de couleurs : une première couche de pigments d'imprimerie, une seconde couche de peinture étalée à la brosse sous la forme de rehauts clairs. Les collages combinent deux techniques : la photocopie utilisée dans le street art depuis fort longtemps (je pense à Shepard Ferey, André, Mr Brainwash, etc.) et le rehaut de couleur qui distingue l'œuvre de Nadège Dauvergne, d'autres street artists utilisant des collages.
Une rapide lecture de la biographie de l'artiste laisse penser qu'elle a dessiné les dames grecques d'après des modèles et, dans un deuxième temps (possiblement après le collage pour éviter que les pigments ne s'écaillent), au pinceau mis en évidence par des valeurs claires des détails (les drapés du vêtement créent des formes picturales particulièrement délicates, mais aussi certaines courbes du corps). L'ensemble est très doux, harmonieux, tout en finesse (le dessin, la palette de l'artiste, etc.)


Nous n'échapperons pas à la question du pourquoi. L'analyse de l'œuvre de l'artiste montre à l'évidence que ses travaux sont fédérés par des études thématiques qui portent un message. Le message est-il de mettre en relation des représentations classiques de l'art occidental avec une technique inédite ? Est-ce un discours sur l'art ? L'art pompier s'exprimant dans la forme de l'affiche ?

Faute de pouvoir trancher, j'aime retenir l'émotion qu'a suscitée la découverte des dames. Tant de beauté (beauté des femmes, beauté de l'œuvre) dans un environnement aussi laid. Des tags, des graffs, des fresques moches, un mur sans charme sur les bords du canal (il y a de beaux murs et le canal est très beau à certains endroits). Là, au milieu du néant esthétique, les dames rangées à côté des "croûtes" de street art touchent par leur grâce. Cela ne résout pas le problème : pourquoi sommes-nous encore touchés par des œuvres qui datent de plus du siècle de Périclès (IVe siècle avant Jésus-Christ) ?

samedi 25 octobre 2014

Les "Dames" de Nadège Dauvergne

Collage / bombe aérosol / acrylique ©Nadège Dauvergne
d'après Godward, Couple de dieux 

J'ai découvert les collages de Nadège Dauvergne au In Situ Art Festival du fort d'Aubervilliers dont deux photos sont à la fin de ce post. La richesse et la qualité du drapé des robes m'avaient ravi. Cette fois, c'est le long du canal de l'Ourcq que se situe la dame. Le lien dans les légendes est très intéressant car il renvoie à la peinture qui a servi de modèle.

Dans un futur message, je vous montrerai une autre facette de son talent avec ce qu'elle appelle le PubArt. Cette technique consiste à détourner des pages de catalogue mais aussi des affiches de publicité de 4 mètres par 3 en y insérant ses dames.



Collage / bombe aérosol / acrylique ©Nadège Dauvergne
d'après Frederic Leighton
Collage / bombe aérosol / acrylique ©Nadège Dauverrgne
d'après Frederic Leighton, Jeunes Filles au bord de la mer
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