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mardi 28 juillet 2015

Legz "The Spaghettist"

J'ai déjà dans ces colonnes, à l'occasion d'un billet sur les portraits de Faucheur, fait référence au mur du square Karcher. Il est nécessaire d'aller plus avant pour comprendre la qualité des œuvres qui y sont peintes régulièrement.
Le square Karcher est situé dans le XXe arrondissement ; il est adossé au relief tourmenté du Père-Lachaise et une de ses entrées est située au 165 de la rue des Pyrénées. Le mur donnant sur la rue des Pyrénées est depuis juin 2011 un spot réputé du street art à Paris. La mairie du XXe arrondissement a confié la programmation et la gestion du mur à une association qui promeut les arts urbains : Art Azoï. Sur son site Internet, la mairie écrit : "La Mairie du XXe s'engage et soutient de nombreux projets autour de la valorisation des graff et de toutes les formes d'arts urbains". Tous les deux mois environ, des artistes se voient confier la responsabilité de réaliser une fresque.


Mois de juin, Legz One a peint une fresque sur l'ensemble de la surface du mur. Difficile à saisir à cause de sa longueur, la fresque est organisée autour d'un espace central. Il se distingue par une zone plus sombre composée de "spaghettis" noirs sur fond marron foncé. De part et d'autre, des spaghettis (puisque c'est de cette manière que l'artiste désigne les formes qu'il peint) s’entremêlent.

Leurs couleurs rompent avec la zone centrale : ils sont bleu ciel, bleu outremer, noirs, orangés, jaunes. La succession des adjectifs rend compte de l'intention artistique : les spaghettis foncés croisent des spaghettis aux couleurs vives et franches. Il serait vain de suivre un spaghetti : l'artiste imbrique, superpose, croise ses "spaghettis" qui forment curieusement un ensemble structuré. Structuré comme l'est un tricot dont les mailles renvoient l'image d'un point. Curieux ce sentiment que les "fils" composent une œuvre organisée ayant une forte cohérence plastique.

Le mur est habillé de ces "spaghettis". À part le centre de la fresque, les autres régions ont le même statut. Je veux dire par là, que tous les espaces se valent quoique différents.


Tous sont "traités" avec beaucoup de soin : les spaghettis sont peints à la bombe aérosol mais les contours sont nets (on se souvient des fresques dans lesquelles Marko93 utilise les coulures comme élément décoratif ainsi que les projections de gouttes – les street artists secouent les bombes projetant sur le support aléatoirement des gouttelettes de peinture –). Legz prend le contre-pied de ces techniques. Les spaghettis sont certes inextricablement mélangés mais chaque "spaghetti" est peint très précisément. De l'ordre dans un apparent désordre et c'est cela qui est intéressant. De plus, l'observation des œuvres de cet artiste illustre son souci d'apporter un "ordre fait de désordres" dans des lieux qui ne sont pas caractérisés par leur organisation spatiale.


La fresque est décorative en ce sens que le "maillage" habille tout le mur de figures aux teintes contrastées. Elle retient mon intérêt pour deux raisons : la première est que l'artiste ne peint que des "spaghettis" qui deviennent par leur répétition sa marque et son blaze ; la seconde est la reconstruction par nos sens d'ordres complexes en partant du désordre savamment agencé.

             


Richard

dimanche 26 avril 2015

C'est le printemps !

©Nathalie Gallois
Danièle nous propose de découvrir un Paris insolite et bucolique. Elle nous recommande les promenades culturelles organisées par Nathalie Gallois, archéologue, dont les visites parisiennes sont aussi intéressantes que conviviales. Si vous êtes libres les 1er et 3 mai... et que vous ne souffrez pas d'allergies aux pollens, c'est pour vous !

Les villages champêtres de Belleville et de Ménilmontant
Un parcours inédit dans un Paris encore authentique entre jardins, villas fleuries, cours secrètes et un somptueux château, lieu de toutes les folies !
Vendredi 1er mai – 14h45 – Rendez-vous : métro Belleville (kiosque) – Prix : 12 euros

Une promenade de charme dans le 19e
Une balade champêtre à travers ruelles et jardins du quartier de la Mouzaïa, avant la découverte de l'église russe Saint-Serge, suivie d'un parcours bucolique dans le parc des Buttes-Chaumont avec ses cascades, grottes...
Dimanche 3 mai – 15h00 – Rendez-vous : métro Télégraphe – Prix 12 euros

mercredi 14 janvier 2015

"Charlie" dans le Nord-Est de Paris le 12 janvier 2015

Rue Henri-Noguères
Toutes ces photos ont été prises le lundi 12 janvier 2015 par Richard.
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samedi 15 novembre 2014

Nadège Dauvergne nous explique...

Le post Nadège Dauvergne et ses dames, copiées, collées et peintes de Richard à suscité un commentaire amical de Nadège Dauvergne sur son propre travail. Vu l'intérêt de ce commentaire, nous avons décidé de le mettre en avant par la création d'un nouveau post, avec la réponse de Richard.

Nadège Dauvergne
Rue Dénoyer à Belleville
d'après Canaries d'Albert Joseph Moore
Merci pour votre article. Je voulais juste vous préciser qu'il n'y a pas d'impression préalable, je procède de manière classique (obligé). Dessin au fusain, premiers aplats à la bombe aérosol (équivalent des glacis) et finitions à l'acrylique. Toutes les figures choisies sont issues de tableaux du XIXe siècle, peintes par des artistes pompiers ou de ce courant de l'époque victorienne appelé "olympien". Je les choisis parce qu’elles me touchent et comme vous je suis fascinée par la grâce et la beauté de ces femmes d'un autre siècle. En les peignant ainsi, grandeur nature, c'est comme si elles venaient nous rendre visite en se mélangeant aux images et aux environnements d'aujourd'hui. Une manière de parler de l'Image avec un grand "I" par ce grand écart temporel ?
Le mystère reste entier...

Richard
Si nous avons écrit un article sur vous c'est que nous avons été saisis par la beauté de vos "dames" olympiennes. Dans l'environnement délabré des bords du canal de l'Ourcq à Pantin, parmi les graffs malhabiles et les fresques ratées des apprentis street artists, vos dames éclaboussaient de leur beauté. Le contraste entre le paysage de no man’s land, d'un lieu désert, isolé, presque dangereux, et la sérénité, la noblesse, la jeunesse radieuse de ces femmes est un élément fort qui explique l'émotion esthétique qui m'a saisi. J'en viens à penser à l'importance du contexte dans votre projet. Il me semble que plus l'environnement  est laid, plus vos œuvres font sens. À ce premier contraste, je vois une opposition absolue de style entre vos dames du temps passé et les productions des autres street artists. Non seulement votre technique, que vous avez eu la gentillesse de nous décrire, mais votre palette (ces harmonies douces des blancs et des roses, ce refus de renforcer les contours par une ligne claire, d'attirer le regard des chalands par des teintes trop vives, votre fidélité aux modèles "olympiens"...) tout s'oppose aux canons dominants du street art. À un street art, jeune et déjà codifié (voir le free style des graffeurs par exemple), s'oppose un art urbain qui emprunte les codes de la peinture du XIXe siècle pour faire dialoguer deux formes de représentations. Enfin, pour tout vous dire, j'aime les street artists quand ce sont de véritables artistes, c'est-à-dire, des hommes et des femmes qui interrogent leur art et notre temps. Votre démarche nous invite à partager votre réflexion sur la représentation et sur la beauté dans les arts, thème central des problématiques de l'histoire de l'Art, de Platon à nos jours.

jeudi 13 novembre 2014

Quelques coups de cœur de Richard

Aujourd'hui, Richard nous propose quelques coups de cœur. Le seul lien entre les images est l'intérêt qu'elles ont suscité. La diversité des clichés illustre à la fois des tendances du street art et son extrême diversification, rendant bien rude la tâche de définir la notion de street art.


Rue Denoyez, un spot du street art à Belleville. À croire que toute la rue est une galerie à ciel ouvert : des graffs, des fresques, un peu partout. Le bon y côtoie le très mauvais. Normal, des street artists étrangers réputés de passage dans la capitale marquent parfois leur passage. Des jeunes qui débutent montrent qu'ils existent dans le milieu du street art parisien.
La municipalité du XXe arrondissement compte construire une crèche et un immeuble social. Normal, c'est justement parce qu'il y avait des murs "en déshérence" que les graffeurs ont investi les murs. Ils savent qu'ils devront les rendre. Ils se mobilisent pour les garder. La mairie fait valoir qu'on ne peut concilier fonctionnement d'une crèche avec bombes aérosols. Ah bon, les gaz doivent détruire la couche d'ozone ! Une affiche sérigraphiée (c'est pas cher à réaliser) acte avec humour un fait majeur qui change (un peu) la donne : les œuvres ont de la valeur et s'intègrent dans le business mondial de l'art contemporain.



La Goutte d'Or, un des rares quartiers encore populaire de Paris. Ici, on aime M. Chat. On s'en fait des masques. On pose devant le photographe qui colle ses photos sur tous les murs, y compris sous la fenêtre d'un cabinet médical.

La Goutte d'Or encore, un quartier dans lequel les artistes se bougent pour, comme on dit, "créer du lien". Devant le "musée" qu'ils ont créé et qu'ils gèrent, sur la devanture d'une ancienne boutique, un clin d'œil à Google Maps, un plan du quartier peint de couleurs vives. Un plan qui ne sert à rien. Sauf à faire beau et à rendre fiers les habitants du quartier. C'est déjà beaucoup.



Place de la Réunion, une fontaine morte. Pas d'eau. Alors autant en faire une œuvre d'art : on la repeint en jaune et on colle des centaines de jolies gommettes de toutes les couleurs. Petit projet certes mais les enfants qui ont collé les gommettes ont dû se régaler de faire de l'art.



Rue des Solitaires, près de la place des Fêtes, Trois fenêtres superposées donnent à voir aux passants des scènes de gens qui les regardent. Regardons de plus près, ce sont des tableaux et de belle facture. Question : qui accepterait d'occulter trois fenêtres de son appartement pour faire beau à l'extérieur ? Les fenêtres sont-elles aveugles ? Si c'est le cas, c'est joli de représenter des personnages qui voient les badauds de fenêtres aveugles. Si ce n’est pas le cas...mystère ! Un artiste qui expose ses œuvres ? J'adore les mystères : tout est encore possible, l'imagination divague, on se perd en conjectures. Justement, j'adore me perdre dans la grande ville.

lundi 20 octobre 2014

Un mur à visage humain !

Richard nous propose aujourd'hui un post sur des portraits rue des Pyrénées.


Rue des Pyrénées, 20e arrondissement. Un jardin public bienvenu par ce jour d'été. Un peu d'ombre, une fontaine et, en contrebas, un long mur de plus de 50 mètres de long. Les street artists se sont approprié ce mur depuis plusieurs années. Ce "spot" accueille des œuvres souvent de bonne facture. Aujourd'hui, je découvre un ensemble très organisé et une mise en valeur des œuvres tout à fait inhabituelle. Faucheur, c'est le nom de l'artiste, a collé des "affiches" blanches et marron, en alternant les couleurs. Chaque affiche est surmontée d'une bordure du mur peinte. Alternent de cette manière des bandes noires et blanches soulignant par contraste les œuvres. Il s'agit, en fait, d'une exposition en plein air (souci de la présentation des œuvres, signature de l'artiste, l'ensemble est daté – septembre 2014 –, remerciements de l'artiste aux collaborateurs...)

Vidéo de la réalisation de ce portrait
Les œuvres sont des portraits d'hommes. Le portrait, en peinture, a une histoire. Je vous la résume à grands traits. La représentation du visage a été, à partir de la Renaissance, un moyen pour le Pouvoir d'imposer son image et, par voie de conséquence, son autorité. Les Puissants, en Europe, faisaient peindre leur portrait et les envoyaient dans leurs territoires pour être connus et "reconnus". Il n'est pas nécessaire d'insister sur l'écart entre le portrait et son modèle. Les Puissants (le roi, les seigneurs, etc.) donnaient d'eux l'image qui servait l'exercice de leur pouvoir. Dans de rares cas (médaillons peints pour la négociation de mariages princiers, par exemple), la ressemblance était recherchée. Conclusion, il est bien difficile aujourd'hui de savoir à quoi ressemblaient les Puissants car les portraits ne leur ressemblent pas. En recoupant avec des sources écrites, elles aussi, biaisées, on peut avoir une idée du visage d'Anne de Bretagne, de Louis XIV, de Marie-Antoinette.
La fin de l'Ancien régime et le triomphe de la bourgeoisie en 1789 changeront la donne sociale. Les bourgeois se feront peindre pour affirmer leur réussite sociale, la graver en quelque sorte dans le panthéon des Arts, comme les aristocrates d'antan. Je vous passe, par peur de lasser, les portraits de Jésus (souvent un bel homme grand, blond, aux yeux bleus), les portraits de Jeanne d'Arc (la seule représentation est un petit dessin fait en marge des minutes du procès de Rouen). Il faudra attendre la photographie, au milieu du XIXe siècle, pour changer l'enjeu social et politique du portrait en peinture.

Revenons rue des Pyrénées. Un street artist colle des affiches et peint des portraits. Les visages sont très différents : des hommes imberbes, d'autres portant la barbe, des jeunes, des hommes plus âgés, des "blancs", des "noirs", des types ethniques fort dissemblables. Les visages sont très travaillés : les expressions sont traduites avec une grande justesse (la gravité, l'esquisse d'un sourire...). Les "contours" sont dessinés (le haut de la tête, les oreilles, le cou, les limites extérieures du visage) mais c'est la partie centrale du visage, en particulier les yeux, qui a concentré d'attention de l'artiste.

On peut tenter une hypothèse pour expliquer ce choix dans la représentation. L'enjeu pictural est de rendre compte de l'expression. Les traits qui traduisent l'expression sont la position générale de la tête, les yeux, la bouche, les joues, le nez et non le cou, les cheveux, les oreilles. C'est la première hypothèse. La seconde serait un choix esthétique (détails de la zone centrale du visage, contours tracés plus que peints à grands "traits") qui renverrait à des études de portraits. Je me souviens des travaux préparatoires des grands peintres de la Renaissance italienne. Plus proches de nous, les croquis de Delacroix, ceux de Degas.

Je pense que ces deux pistes sont vraies en même temps. Le "challenge" pour le street artist est, avec des bombes aérosols, de traduire ce qui est le plus difficile à faire d'un point de vue technique, non seulement les traits, mais l'expression.

Le détail des portraits de Faucheur montre, ce n'était pas évident au premier regard, la variété des couleurs (du noir, du blanc mais aussi des ocres et du bleu) et la virtuosité de l'artiste dans l'utilisation des projections de peinture. Comme dans la peinture de Seurat, les gouttes vaporisées sont autant de tâches de couleurs qui se combinent. Du "pointillisme" de l'exécution ressort un beau rendu des formes et des volumes.

Ces portraits sont pour moi un manifeste artistique. Le street artist comme les Anciens avec ses outils peut aborder la grande complexité. Nous sommes loin d'Andy Warhol et de ses portraits de Marilyn Monroe tant copiés, loin des facilités des reproductions d'icônes de la bande dessinée par nombre de street artists.

Le street art est un art, un art nouveau qui se construit ici et ailleurs tous les jours. En ce sens, c'est un art vivant, qui explore, qui découvre de nouveaux outils et de nouveaux territoires.
Diaporama de 12 photos
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